La traversée de Paris

Les décisions se prendraient-elles la nuit ? A trois heures du matin, réveillée et songeuse, je me suis décidée, en regardant cette lune dont la lumière blafarde atteignait mon visage, à changer de vie.

Habitant à la fois, en face d’une station Autolib et Vélib, j’avais donc la possibilité de ne pas m’enterrer dans mon quartier.

A toute évidence, il me serait plus facile de refaire de la bicyclette que d’apprendre à conduire. Oui, il paraît qu’on n’oublie jamais les gestes simples du vélo. Je me suis donc levée en pleine nuit, pour souscrire un abonnement Vélib.

Ce serait une clé pour me sortir de ce quartier de la Concorde où il n’y a rien. Cela me permettrait aussi de faire un peu de sport, de jauger mon souffle, ma forme.

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Le soleil pâle hivernal et le froid glacial ne m’ont pas découragée, bien au contraire.

J’ai été un petit peu décontenancée devant le vélo : il m’a fallu ajuster la selle, vérifier les freins. Le klaxon fonctionnait à merveille. J’ai eu du mal à trouver comment fonctionnait le braquet. Mais je me suis sentie tout de suite à l’aise sur la bicyclette grise.  Je pédalais avec fougue, même avec ces faux plats et collines parisiennes qui me menaient aux Ternes. La roue arrière me semblait voilée. Ce n’était pas l’effet des pavés puisque sur le goudron, j’ai cru qu’elle allait se décrocher. Mais finalement, elle a bien tenu.

Je disposais de quarante cinq minutes pour aller au gré de mes envies. Devant l’architecture divine de certains immeubles, mon esprit s’est échappé à plusieurs reprises, me faisant griller des feux que je ne voyais que tardivement. Heureusement que la circulation était quasiment inexistante en ce dimanche matin.

Avec la vitesse, le froid, j’ai eu l’onglée aux mains. Mes doigts étaient blancs, engourdis. Je les sentais à peine.  Je n’avais pas pensé à prendre des gants. Mon corps sur cette bicyclette fendait l’air et je sentais mes joues prendre des couleurs, ce qui n’était pas du luxe. Je suis pâle comme un cadavre.

Au bout de quarante cinq minutes, j’étais arrivée à l’île saint Louis, en faisant un large détour depuis la Concorde, par les Ternes puis le Musée des arts premiers. Une vraie traversée de Paris.

J’ai changé de vélo, ai mangé quelques abricots secs emportés avec moi pour me donner un peu d’énergie.

Voilà, enfin un peu d’exercice que j’ai terminé en grimpant les 155 marches à pied pour rejoindre mon appartement ensoleillé. Sans essoufflement, sans fatigue, cette échappée m’a rassurée sur ma forme. Il me faudra recommencer. il ne me reste plus qu’à persévérer dans ces exercices qui me détendent, me font prendre l’air, me changent les idées, me font sortir de chez moi ! J’ai retrouvé le sentier du plaisir, et celui de la liberté.

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Envol pour New York

Ce fut la bonne nouvelle de ce début d’année : m’envoler trois jours vers le nouveau monde, à New York.

J’ai pu éviter de me retrouver à l’hôtel qui se situe près du bureau. Kris, alors à Londres, m’a prêté son appartement. J’adore le bas de l’Upper East Side. Je me sens chez moi dans ce vaste trois pièces. J’y ai mes habitudes, dans ma solitude. Je m’épargne ainsi les soirées ennuyeuses avec les collègues.

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Le sombre devient noir. Je ne vois plus la lumière.

J’ai cette impression de vide, de lisse : tout glisse sur moi, rien n’adhère à ma peau. Allongée sur la glace, je descends, glisse à toute vitesse sur les pentes les plus raides  pour atteindre l’abîme.

En pleine chute libre ?  Non justement, elle n’est pas libre et je ne peux la maîtriser.

Je me suis réveillée en plein vol. Le désir de rejoindre New York avait disparu puisque ce voyage était entamé. Le but était à portée de main, donc sans intérêt. 

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Durant ces trois nuits new yorkaises, mes cauchemars récurrents sont revenus me hanter.

En pleine situation chaotique, en état de guerre, je tente d’échapper à mes poursuivants : qui sont-ils ? je ne le sais. Je ne les vois pas. Terrorisée, je cours dans les sous-bois à toute allure, et je sais qu’ils sont là, derrière moi, prêts à me tuer.

J’arrive dans une clairière, qui est un champ de bataille où gisent des cadavres. La seule solution que je trouve pour échapper à la mort est de la simuler : je me terre parmi les cadavres. J’entends mes poursuivants arriver. Je ne bouge pas, retiens ma respiration. Je les entends transpercer de leurs armes blanches chaque corps présent sur ce champ de bataille ; Vais je finir comme mon grand père, dans une fosse commune, nulle part ?

Je me réveille alors que la lame acérée est sur le point de pénétrer mon flanc.

Sont-ce mes passages au 1728, à l’hôtel particulier de La Fayette qui a déclenché le retour de ce cauchemar ?

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J’aurai sauté de mon bureau à cet appartement matin et soir ; je serai restée cloîtrée dans ma bulle désespérée. Et déjà il me faut regagner Paris.

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« Encastrée »

Ce fut le mot de ce samedi !

Ma soeur et ses deux filles sont venues me rendre visite. Nous avons projeté, ma soeur et moi de retourner ensemble en Italie, sur la côte amalfitaine. Ce serait un rituel qui s’instaurerait entre nous : Nous échapper quelques jours ensemble au paradis.

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En parlant de paradis, je les ai menées là où j’écris le samedi, au 1728. Je crois avoir épaté ma soeur et ses filles : J’étais sûre qu’elles adoreraient !!

Elles se voyaient en robe à crinoline, coiffées de perruques, le visage poudré de blanc avec une jolie mouche : une sur la pommette, une au dessus de la lèvre, une à la gorge.

Nous étions installées dans le salon de musique. Il y avait du feu dans la cheminée. Vers 17h, le serveur est venu avec un mouchoir pour éteindre les bougies.

L’odeur de bougie est parvenue jusqu’à nous.

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Alors que nous parlions de notre voyage à venir en italie, ma soeur m’a étonnée en me disant qu’elle se trouvait là bas : « encastrée », malgré l’étendue infinie de la mer. Les montagnes, les falaises font que l’habitat est enchevêtré dans la nature. Ce qui crée pour elle un léger sentiment d’emprisonnement, d’étouffement : elle se sent encastrée.

Elle a eu exactement le même sentiment en montagne dans la vallée de Chamonix ou les pentes impressionnantes des alpes, créant des murs l' »encastraient » !

Elle n’étouffait pas au 1728, malgré les presque 6  mètres de hauteur sous plafond … et oui, j’ai craint pour elle qu’elle ne ressente une gêne. Ouf !

Il était peut-être imprudent, non recommandé pour elle de retourner sur la côte amalfitaine ?? Me connaissant trop bien, cela n’a pas marché. Nous avons cherché les dates idoines et discuter combien de jours en entier nous passerions là-bas ?

Cette visite m’a fait un immense plaisir. Je n’ai pas écrit ce week end (peu importe) mais je suis sortie de chez moi, avec les « trois princesses blondes », qui m’ont donné beaucoup d’affection, d’amour et de tendresse.

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2011 in review

WordPress.com a préparé un rapport annuel 2011 pour ce blog.

Voici un extrait:

Le Musée du louvre reçoit 8,5 millions de visiteurs chaque année. Ce blog a été visité environ 70 000 fois en 2011. Si c’était une expo au Louvre, il faudrait à peu près 3 années pour qu’autant de personnes la visitent.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Robert Motherwell : « Open » series

Robert Motherwell (1915-1991) est un artiste appartenant aux mouvements de « l’expressionnisme abstrait » et de « l’école de New York ». Diplômé de Stanford, Harvard et New York, il a étudié la philosophie et l’histoire de l’Art. Il a sillonné l’Europe, le Mexique.

En 1941, il se met à peindre à temps plein et est vite repéré par Peggy Guggenheim.

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Toutes les citations mentionnées proviennent de « The writings of Robert Motherwell », Statement on the « OPEN » series – 1969,

edited by Dore Ashton with John Banach, University of California Press, 2007

« Every artist’s problem is to invent himself. »

Robert Motherwell

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Quand ai-je découvert Robert Motherwell ? Très certainement lors de mes déambulations artistiques à New York en 1985-86-87.

Je retiens de lui ses peintures où seuls existent le noir et le blanc, marquées par la trace d’un pinceau, d’une énergie digne de celle d’un calligraphe japonais. La gestion de l’espace dans ses toiles ou ses estampes y est parfaite.

Cependant, ce qui m’a certainement le plus marqué, est sa longue série « Open » que je redécouvre en lisant ses textes.

Elles m’apparaissaient bien, être une ouverture vers le champ des possibles, ne pas enfermer le spectateur dans un cadre. Richard Motherwell envisage que la toile se poursuit hors du cadre. Et cela m’a ravie.

Robert Motherwell Open Study No. 3, 1968, Charcoal on paper 55.88 x 77.47 cms

J’aime la simplicité de cette série peinte de 67 aux années 80. Elle est donc comme un fil conducteur dans l’oeuvre de Motherwell.

J’y vois du silence, de la sérénité propice à l’imagination, à l’apaisement. J’y trouve une peinture faite de peu, donc d’une certaine manière austère, aride, emprunte de radicalité.

Open No. 175, ca. 1970
acrylic on canvas
72×36 inches

Even though I have worked on the « Open » series for two years now, the series retains a certain mystery for me that I prefer to leave inviolate.

Ce qui préoccupe Robert Motherwell alors est « a greater harmony between the image or « sign » and the spatial extension of the canvas ».

After several dozen of the « Open » series had been made, I came across, in a warehouse where I had hundred of pictures in storage, a smallish oil dated 1941 (the first year I painted full time) which I called « Spanish picture with window », which to an uncanny degree, foreshadows the « Open » series. The picture is what nowadays is called a « field » painting, in variations of white, with some thin horizontal and vertical lines, made with a striping brush. There is no escape from one’s individuality !



I am indeed attracted to many of the fourscore definitions of « Open »; still my associations are not necessarily those of another observer, though I hope that my felt content is. The felt content is colorful and sensuous and in spatial depth, though the austere surface drawing is a distilled and essentiel counterpoint.

Alors que je suis sensible à la couleur, à  l’utilisation de l’espace, je n’arrive pas à entendre de la musique dans cette peinture, même si elle m’inspire des instants de pure poésie. Cette poésie est silencieuse.

Cependant, une certaine harmonie s’est développée, et quelques sons ont jailli doucement, lorsque j’ai parcouru, j’ai juxtaposé toutes ces peintures. Donc collectivement, je perçois la musicalité des toiles.

Prises individuellement, elles ne sont que silence.

Je ne sais pourquoi les peintures et estampes rouges ont une plus grande valeur marchande, mais j’avoue être sensible à ces couleurs, tout comme à la couleur Ocre que Robert Motherwell utilise dans de nombreux tableaux.

 Robert Motherwell, Red Open

Robert Motherwell, Red Open, 1980, Acrylic and charcoal on canvas


Robert Motherwell, open no. 104 – the brown easel 1969

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