Tous les chemins mènent à Damas

Damas aura été le point de départ de mon errance syrienne. Lorsque j’y suis arrivée en ce 15 août, je n’avais pas la moindre idée, où j’irais et comment j’en partirais.

Les quelques notes que j’avais inscrites sur mon Moleskine, avant de m’endormir, au Talisman, reflétait cela mais encore plus, puisque tout pouvait arriver, comme rien d’ailleurs. J’avais écrit au stylo mine:

« Tous les chemins mènent à Damas… Quel sera celui que j’emprunterai pour y retourner ? Ce chemin partirait-il de la Syrie, la Jordanie, du Liban, d’ailleurs ? Faudrait-il  que je passe une frontière pour rejoindre Damas ? »

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Qu’ai je retenu de ces deux étapes, passées à Damas ? :

- mon arrivée à l’aéroport, où le chaos régnait … Des tas d’intermédiaires étaient soudoyés pour récupérer les bagages, passer la douane, avoir un taxi … Je ne m’attendais pas du tout à avoir cette première impression.

- Le vieux Damas où je serai restée, que j’aurai habité. J’ai nié le reste de la ville. J’ai adoré mon Talisman.

- Impossible de trouver quelque chose à manger. Je me décide à aller dans un petit restaurant avec une cour intérieure : C’est l’endroit où semblent se retrouver des amis…Les hommes fument le narguilé. Je trouve dommage que des écrans plats hurlent une série locale. Je ne mange rien mais me délecte d’un jus de citron avec de la menthe hachée et de la glace pilée.

- Ma chambre aux hauts plafonds a une température parfaite : j’ouvre la fenêtre. Le muezzin me réveille en pleine nuit, mais je me sens bercée, dépaysée.

A 4H, j’entends le jardinier venir arroser les plantes puis, l’oiseau dans sa cage me réveille en chantant, le jour s’est levé.

- je vais faire quelques longueurs dans ma piscine, dans ce bleu piscine. Je m’assoupis depuis le transat en regardant ce bleu, et en écoutant le silence.

- Ma déambulation dans le vieux Damas où je me perds dans les souks, dans les ruelles où les enfants jouent. L’odeur du pain.

- Dans les souks, les stands de lingerie féminine : culottes, soutiens-gorges inesthétiques, vendus par lots. Les syriennes sont rondes ! Et puis, à l’arrière, en retrait, des sous-vêtements plus « audacieux », aux couleurs rouge, violet, … de mauvais goût, toujours aux tailles impressionnantes !

- Les barbiers : j’avais oublié que les hommes ne se rasent pas eux mêmes. Je repense à ce film des frères Coen, the Barber.

- Je pense avoir une boussole dans ma tête : je tombe sur le palais Assam dont je garderai une image : les deux miroirs qui me fascinent.

- Puis, juste à côté, la somptueuse Mosquée des Omeyyades : la mosaïque jaune et bleu vert est sublime. Les piliers aux motifs géométriques diffèrent tous. Le calme règne, le temps ralentit.

- Les magasins de tissus, d’étoffes, le damas, la soie. Ces tissus sont lourds, par leurs motifs et leur texture. Ils sont sûrement splendides mais trop sophistiqués pour moi : Ils me font penser à un orchestre symphonique qu’il m’est impossible d’écouter. Au delà de trois ou quatre instruments, mon oreille est perdue… refuse d’entendre.

- Des dollars flottent dans ma piscine, squattée par un couple d’américains. Les deux hommes les feront sécher.

- La gare routière de Damas où j’attends deux heures un bus pour Alep. Je ferai le voyage à côté d’une irakienne qui parlant anglais, me parlera de son pays qu’elle a fui. Que fait-elle en Syrie ? je n’en sais rien. Elle retournait dans cet espace temporaire, la Turquie.

- Les 6 stops pour le passage de la frontière libano-syrienne au poste de Masnaa… Sur la frontière, entre les deux pays, cette autoroute qui s’étend sur une dizaine de kilomètres, qui traverse un no man’s land … L’autoroute, encombrée de camions, de voitures surchargées, se poursuit et me mènera finalement aux portes de Damas.

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Je pense au dessin étrange de ce voyage sans dessein, marqué sur mon moleskine et que j’aurais retranscrit sur Google Earth à mon retour à Paris. Je pense à toutes ces personnes que j’ai croisées, à tous ces paysages que j’ai aimés. Presque sept mois après, ils me semblent intacts, non déformés. Sans doute car le temps allait doucement, j’avais tout mon temps.

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